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Auteur : Laurent Habart

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Dix conseils pour écrire un scénario de vidéo apprenante

Ils sont légion, les clients qui rêvent d’inclure des vidéos dans leurs modules. Et qui rêvent que les scénarios que vous allez leur écrire donnent des vidéos aux allures cinématographiques. Gageure ? Oui, sans doute. Rien ne vous empêche cependant de leur donner ce petit supplément d’âme qui permettra à l’apprenant de mieux entendre vos messages. Voici donc dix conseils pour améliorer l’écriture des scénarios de vos vidéos.

1.    Racontez une histoire. Gardez en tête que l’apprenant, comme n’importe quel spectateur, est passif devant une vidéo. Il faut donc trouver le meilleur moyen de provoquer chez lui un minimum d’investissement. Et pour cela, rien de mieux qu’une histoire, même brève, même simple.

2.    Déterminez un personnage principal à votre scénario : leprotagoniste. Dans la plupart des cas, il s’agira du rôle personnifiant l’apprenant.

3.    Donnez un objectif à votre protagoniste, et faites-en sorte qu’il l’exprime clairement de façon à ce que l’apprenant le comprenne.

4.    Dressez des obstacles sur la route de votre protagoniste vers son objectif. Un exemple ? Un manager doit améliorer la cohésion de son équipe… mais deux collaborateurs sont en conflit : comment va-t-il surmonter cet obstacle pour atteindre son objectif ?

5.    Suscitez des conflits. Ils sont à la base de l’intérêt que nous trouvons aux histoires. Pour cela, faites en sorte que vos obstacles soient de vrais obstacles (et non de petites péripéties) et vos objectifs, de vrais objectifs (avec un véritable enjeu).

6.    Commencez vos scènes après le début et finissez-les avant la fin. Autrement dit, zappez les « Bonjour, je m’appelle… » et les « au revoir et à bientôt ». Plus vite vous rentrerez dans le vif du sujet, plus vite vous capterez l’attention de l’apprenant.

7.    Faites agir vos personnages. La plupart des scènes de dialogues présente deux personnages discutant face à face. En les plaçant dans leur contexte quotidien, en doublant les dialogues de gestes signifiants, vous augmentez l’impact de votre message.

8.    Favorisez les dialogues courts, les échanges brefs, les réponses du tac au tac, les discussions à bâtons rompus… Pourquoi filmer un monologue quand il est si simple de le résumer en quelques points sur un écran ?

9.    Diversifiez la mise en forme des informations que vous devez faire passer : flash back, flash forward, split screen sont autant de techniques qui permettent de donner du relief à vos scénarios.

10.    Assistez aux tournages de vos vidéos. Vous verrez les comédiens mettre en scène vos textes, vous les entendrez prononcer vos dialogues et vous prendrez instantanément conscience de ce qui fonctionne… et de ce qui fonctionne moins !

Ces indications, et bien autres, font la richesse des principaux manuels de dramaturgie tels que La dramaturgie, Yves Lavandier (édition Le clown et l’enfant), Story, Robert McKee (ReganBooks) ou encore The anatomy of story, John Truby (Faber & Faber).

Dix conseils pour écrire un texte en voix-off

À moins que vous ne soyez scénariste de film, auteur de théâtre ou conteur, écrire pour être lu à voix haute n’est pas pour vous une pratique courante. Il est donc utile d’avoir en tête quelques règles de base pour adapter le script de votre module e-learning à la lecture d’un comédien.

En voici dix :

  1. Veillez à employer un style oral. Pour cela, faites des phrases courtes et simples : elles sont plus facilement compréhensibles. Mieux vaut donc deux phrases brèves qu’une seule phrase longue pour exprimer la même idée.
  2. Soignez les transitions entre les phrases : votre texte doit « couler » avec fluidité. Optez pour un texte linéaire plutôt qu’un texte procédant à de fréquents retours en arrière.
  3. Impliquez l’apprenant pour maintenir son attention au plus haut. Les questions rhétoriquesdont vous allez vous-même donner la réponse ou les interpellations remplissent efficacement cette fonction. Des incises telles que « pour vous » ou « comme vous le savez » jouent également ce rôle.
  4. Reformulez votre propos afin qu’il soit parfaitement compris. Des adverbes tels que « c’est-à-dire », des expressions telles qu’« autrement dit » peuvent introduire naturellement cesreformulations.
  5. Préférez les verbes, et notamment les verbes d’action, aux substantifs correspondants. Mieux vaut écrire « Changer les habitudes entraîne… » que « Le changement des habitudes entraîne… ».
  6. Mettez les verbes au présent : le passé ou le futur créent une distance avec le récepteur du message peu propice à renforcer son attention et donc son implication.
  7. Utilisez des tournures de phrases positives : elles donnent plus de poids à votre message.
  8. Évitez les propositions relatives : elles ont tendance à faire perdre le fil directeur de la phrase principale. Si ce n’est pas possible, faites en sorte qu’elles soient courtes.
  9. Évitez le participe présent : l’impression de simultanéité qu’il véhicule la plupart du temps passe moins facilement par la voix que par l’écrit.
  10. Évitez les hiatus (succession de deux voyelles) et certaines associations de phonèmes, type /s/ et /ch/(souvenez-vous des fameuses « chaussettes de l’archiduchesse »).

Dernier conseil pour terminer cette liste, et non des moindres : relisez-vous à voix haute. Vous sentirez, à l’oreille, les phrases qui accrochent et celles qui glissent avec bonheur. Flaubert avait son gueuloir et, diable, qu’il était efficace !

(Cet article a été rédigé avec le concours de Guillaume Lemonnier, responsable de programmes chez CrossKnowledge)

Comment gérer la voix off au stade de la conception

La présence ou non de voix off infléchit radicalement la rédaction du script d’un module e-learning. Passons en revue les trois modalités d’intégration de voix off que l’on peut rencontrer. 

La voix off et le texte à l’écran sont identiques

Formule souvent adoptée pour des motifs d’accessibilité, elle impose une redondance entre le texte et la voix. Ce redoublement offre plusieurs inconvénients, citons-en trois :

  • le procédé diminue l’immersion de l’apprenant qui se laisse davantage guider
  • si la voix « lit » moins vite ou plus vite que l’apprenant, il subit un déficit d’attention
  • l’impact respectif du texte du son diminue puisqu’ils ont besoin de s’appuyer l’un sur l’autre.

Les études cognitives du Pr Richard Mayer (université de Santa Barbara en Californie) ont ainsi montré une moins grande efficacité de cette technique.

Pour éviter de « sacrifier » la pédagogie sur l’autel de l’accessibilité, d’autres mécanismes existent, tels que les sous-titres. Correctement placés et activables à l’envi, ils peuvent efficacement répondre aux exigences d’accessibilité sans imposer ce redoublement à tous les apprenants.

La voix off est réservée à un type de contenu

Pour éviter l’écueil de la redondance, certains modules limitent la voix off à un type de contenu particulier, messages clefs du module ou consignes de navigation. La voix intervient donc en soutien du visuel et plusieurs difficultés surgissent alors :

  • harmoniser et synchroniser voix et texte à l’écran
  • conserver sa fluidité à l’ensemble du module
  • éviter de perturber la concentration de l’apprenant.

Le problème majeur de cette technique réside dans notre capacité de réception : l’apprenant réagit mieux lorsque le visuel (texte et/ou image) est au service de la voix que lorsque la voix est au service du visuel.

La voix off interagit avec le texte et l’image

Le module devient « raconté » par la voix et son propos, lorsque nécessaire, est soutenu par du texte ou illustré par des images. Ce procédé impose quelques contraintes au concepteur :

  • rédiger le texte du module de façon à ce qu’il soit lu par un comédien (plutôt que par une voix de synthèse : voir  article de B.Lhuillier à ce sujet)
  • rédiger le texte de façon à ce que les mots clefs puissent en être aisément extraits et animés à l’écran
  • envisager les interactions entre le texte et le contenu à l’écran dès la phase de rédaction.

Au final cependant, c’est cette formule qui permet de tirer le meilleur à la fois de la voix et du visuel (texte ou image) en offrant le plus d’impact aux messages que vous voulez faire passer.

La place de l’apprenant dans la conception d’un module e-learning 2

Deuxième partie de l’article signé Laurent Habart du 21 février dernier.

Où vous allez découvrir un exemple concret d’adaptation d’un module aux niveaux variés des apprenants…

Le cas du CFPB

Puisque la première partie de ce sujet prenait ses racines dans la Bourse, allons chercher du côté du monde bancaire un exemple pour illustrer notre propos.
Le CFPB (Centre de formation de la Profession Bancaire) a mis au point un parcours de formation sur la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme : la LAB-FT. L’objectif recherché ? Il est triple. Il vise à développer la capacité de l’apprenant à :
–    assurer une vigilance constante sur les mouvements de capitaux
–    détecter les opérations atypiques
–    conduire les diligences nécessaires.
Le module, qui se présente sous forme de serious games, est inspiré de faits réels. L’apprenant est immergé dans un monde professionnel proche du sien. Proche du sien, vraiment ? Voilà toute la question. Comment conjuguer, au sein d’un même programme, des niveaux de connaissance des mécanismes de lutte contre le blanchiment très différents selon les apprenants ?

Trois modules en un

Le CFPB a résolu cette question en concevant, pour les mêmes objectifs, non pas un mais trois modules. Trois modules avec trois approches pédagogiques différentes :
–    pour un apprenant débutant, le mode guidé, où l’expert présente la situation et le processus à suivre et amène l’apprenant à comprendre ce qu’on attend de lui pour résoudre la situation
–    pour un apprenant doté d’un niveau de connaissance « moyen », le mode accompagné, où l’expert accompagne et conseille l’apprenant en cas d’erreur afin de l’aider à trouver par lui-même la solution
–    pour un apprenant déjà bien avancé, le mode libre, où il peut chercher seul la solution aux problèmes qu’on lui présente.
Du point de vue du concepteur pédagogique, cette approche permet de prendre en compte la majorité des situations. Du point de vue de l’apprenant, elle lui permet de réaliser le module en toute autonomie, quel que soit son niveau.
Évidemment, qui dit triple approche dit budget réévalué… mais est-ce que l’atteinte des objectifs et la réussite de la formation ne le valent pas ?

(Si vous souhaitez en savoir plus sur ce programme, vous pouvez contacter Sylvie Soriano au CFPB.)

La place de l’apprenant dans la conception d’un module e-learning 1

Où vous allez découvrir comment la Bourse nous en apprend sur le travail de concepteur pédagogique

Le concours de beauté

L’économiste John Maynard Keynes (1883-1946) avait l’habitude de raconter une histoire pour faire comprendre un des mécanismes pivots de la Bourse : le concours de beauté.

Imaginez : connu pour la sagacité de votre jugement et l’élégance de vos goûts, vous avez été convié à participer au jury d’un concours afin d’élire le plus beau visage parmi vingt candidates toutes plus éblouissantes les unes que les autres.
Oui mais voilà, à votre grand étonnement, on ne vous demande pas de juger de la beauté de leur visage selon votre goût personnel. Non, on vous demande de choisir le visage qui recevra le plus de suffrages parmi tous les votants du jury.
C’est un exercice auquel rien ne vous a habitué jusque là : il va s’agir pour vous d’anticiper le goût majoritaire.

Intégrer la logique de l’apprenant

Selon Keynes, c’est exactement ainsi que fonctionne la Bourse et ainsi que travaillent les courtiers. Celui qui fait mieux fructifier son portefeuille de titres que son concurrent n’est pas nécessairement celui qui a les titres les plus sûrs. C’est plus certainement celui qui acquiert les titres vers lesquels tout le monde va se ruer sous peu. Celui qui devine ce que seront les besoins à venir du plus grand nombre.

Cette attitude, c’est aussi celle que vous devez avoir au moment de concevoir le synopsis d’un module de formation. Pour qu’il touche le plus grand nombre d’apprenants, pour qu’il réponde au mieux à leurs interrogations et à leurs besoins, il ne faut pas s’arrêter aux questions que vous vous poseriez à leur place. Il faut plutôt faire tout votre possible pour intégrer leur propre logique. Cela demande d’avoir une connaissance fine de trois facteurs :
–    leur niveau de connaissances
–    leurs méthodes de travail
–    leurs modes de pensée
Connaissant ces trois variables, vous serez mieux à même de percevoir les problématiques des apprenants et d’y répondre. Et pour acquérir cette connaissance, rien ne vaut l’échange avec quelques-uns d’entre eux !

Pour découvrir comment mettre cet enseignement en pratique, rendez-vous le mois prochain avec la seconde partie de cet article…

Les particularités de la lecture sur écran

Les études fondées sur l’oculométrie (ou eye-tracking) nous en apprennent beaucoup sur les différences entre lecture écran et lecture papier.

Les stratégies de l’œil

En effet, l’œil met en place des stratégies pour lire un texte que l’écran malmène plus ou moins. D’une part, selon le lecteur, l’œil se pose sur plus ou moins de mots dans un même texte ; il peut également avoir tendance à lire le haut des lettres ou encore à saisir un mot dans sa globalité indépendamment de l’ordre des lettres à l’intérieur dudit mot.

D’autre part, quel que soit le lecteur cette fois, l’œil ne peut fixer en règle générale que quatre lettres à la fois (cela explique que la simplicité du vocabulaire influe sur l’intelligibilité d’un texte). En revanche, son champ visuel s’élargit d’une zone attentionnelle, dénommée « empan visuel« , en amont mais surtout en aval du mot fixé, qui permet d’anticiper sur ce qui va être lu par la suite.

Les contraintes du net

Par ailleurs, l’aspect visuel de l’écran (luminosité, contraste, scintillement) entraîne une perturbation oculaire et donc une dégradation de la prise d’information. L’œil n’atteint pas le centre du mot lorsqu’il le fixe, à l’instar d’une lecture sur papier, si bien qu’il doit se fixer non pas une mais deux fois. Cette multiplication des fixations visuelles le fatigue naturellement.

Le système du scrolling, quant à lui, minimisant la mémorisation spatiale, rend plus difficile la rétention d’information et diminue donc l’efficacité de la lecture. Enfin, les liens hypertextes, ajoutant de la profondeur à un texte, ont tendance à provoquer une désorientation cognitive pour le lecteur qui s’y plonge.
Ces études avancent ainsi l’idée que, compte tenu des techniques aujourd’hui à disposition, la lecture sur écran semble davantage réservée à la recherche d’informations qu’à la lecture prolongée.

(Pour plus d’informations, lire notamment l’ouvrage de Thierry Baccino,  La lecture électronique, aux Presses universitaires de Grenoble)

Mixer formation et dramaturgie : le Graal de tout concepteur pédagogique (Part II)

Suite et fin de l’article de Laurent Habart : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre concepteur pédagogique sans jamais oser lui demander. Aujourd’hui : « Pourquoi raconter une histoire dans vos modules de formation » ?

Pourquoi une histoire ?

Vous avez donc décidé de faire passer les informations essentielles de vos modules au moyen d’une histoire. Mais pourquoi utiliser une histoire ? Prenons un exemple : étant donné le turn-over élevé et la forte culture d’entreprise chez votre client, il vous a demandé de concevoir pour ses managers des modules de formation sur l’intégration des nouveaux collaborateurs.

Plusieurs solutions s’offrent à vous : Vous pouvez par exemple introduire votre parcours en passant en revue les grandes étapes d’une intégration : préparer l’environnement de travail du nouveau collaborateur, annoncer son arrivée en interne, prendre le temps de l’accueillir, etc.

Autre solution : vous pouvez faire en sorte que l’apprenant s’investisse dans le parcours en lui racontant une histoire, celle de Thierry. Thierry manage une équipe de six personnes très soudées. Ces six personnes voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouvel élément car elles craignent qu’à terme, il prenne la place de l’une d’elles comme cela s’est déjà produit par le passé ; et ce, d’autant plus qu’il a un profil senior… Face à cette opposition, comment Thierry va-t-il réussir à intégrer le nouveau collaborateur ?

Dans la première approche, vous sollicitez exclusivement la capacité intellectuelle de l’apprenant ; vous lui demandez un effort de concentration, de conceptualisation et de projection.
Dans la seconde approche, vous sollicitez d’abord la capacité émotionnelle de l’apprenant ; il n’a plus d’effort de concentration ou de projection à faire car il s’identifie spontanément à Thierry et veut savoir comment il va s’en sortir.
L’attention est immédiatement captée et l’apprenant ne lâchera pas tant qu’il ne saura pas. Et en trois mots, voici pourquoi.

Le triangle de base

Les nombreux ouvrages sur la dramaturgie nous apprennent qu’au cœur de toute histoire, qu’elle soit romanesque, théâtrale, cinématographique ou à vocation pédagogique, se trouve un élément essentiel : le conflit.
Le conflit suscite de l’insatisfaction que nous cherchons instantanément à combler. Et du conflit, nous en rencontrons quotidiennement dans notre vie professionnelle quand nous avons à résoudre mille et un problèmes d’ordre technique, personnel ou encore organisationnel.

Comment donc inventer une histoire ? Ou, dit autrement, comment créer du conflit ? Vous avez pour cela besoin de trois éléments qui constituent le triangle de base de toute histoire :

  1. Un protagoniste. Dans notre exemple, Thierry, par rapport à qui l’apprenant se positionne. Il s’identifie à lui et apprend au travers de lui.
  2. Un objectif. Thierry a un but, réussir la bonne intégration de son nouveau collaborateur. L’apprenant le sait et s’attend à ce qu’il fasse tout pour l’atteindre.
  3. Des obstacles. Thierry va devoir affronter le rejet de son équipe. Par quels moyens va-t-il parvenir à surmonter leur opposition ? C’est ce que l’apprenant souhaite découvrir, ce qui va le motiver pour suivre le parcours.

La connaissance s’acquiert par l’expérience

Bien sûr, tous les sujets, tous les parcours, tous les dispositifs ne se prêtent pas à ce type d’approche. Mais si vous pensez que raconter une histoire est un bon moyen pour transmettre un message, que le sujet s’y prête et que vous sentez vos apprenants prêts à s’y projeter, conservez en tête ce triangle de base de la dramaturgie.

Et s’il est vrai, comme le disait Albert Einstein, que « la connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information », alors l’histoire comme expérience d’autrui est un terrain idéal pour des concepteurs avides d’offrir des expériences formatrices à leurs apprenants.

Mixer formation et dramaturgie : le Graal de tout concepteur pédagogique (Part I)

Suite et fin de l’article de Laurent Habart : Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre concepteur pédagogique sans jamais oser lui demander. Aujourd’hui : « Pourquoi raconter une histoire dans vos modules de formation » ?

Pourquoi une histoire ?

Vous avez donc décidé de faire passer les informations essentielles de vos modules au moyen d’une histoire. Mais pourquoi utiliser une histoire ? Prenons un exemple : étant donné le turn-over élevé et la forte culture d’entreprise chez votre client, il vous a demandé de concevoir pour ses managers des modules de formation sur l’intégration des nouveaux collaborateurs.

Plusieurs solutions s’offrent à vous : Vous pouvez par exemple introduire votre parcours en passant en revue les grandes étapes d’une intégration : préparer l’environnement de travail du nouveau collaborateur, annoncer son arrivée en interne, prendre le temps de l’accueillir, etc.

Autre solution : vous pouvez faire en sorte que l’apprenant s’investisse dans le parcours en lui racontant une histoire, celle de Thierry. Thierry manage une équipe de six personnes très soudées. Ces six personnes voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un nouvel élément car elles craignent qu’à terme, il prenne la place de l’une d’elles comme cela s’est déjà produit par le passé ; et ce, d’autant plus qu’il a un profil senior… Face à cette opposition, comment Thierry va-t-il réussir à intégrer le nouveau collaborateur ?

Dans la première approche, vous sollicitez exclusivement la capacité intellectuelle de l’apprenant ; vous lui demandez un effort de concentration, de conceptualisation et de projection.
Dans la seconde approche, vous sollicitez d’abord la capacité émotionnelle de l’apprenant ; il n’a plus d’effort de concentration ou de projection à faire car il s’identifie spontanément à Thierry et veut savoir comment il va s’en sortir.
L’attention est immédiatement captée et l’apprenant ne lâchera pas tant qu’il ne saura pas. Et en trois mots, voici pourquoi.

Le triangle de base

Les nombreux ouvrages sur la dramaturgie nous apprennent qu’au cœur de toute histoire, qu’elle soit romanesque, théâtrale, cinématographique ou à vocation pédagogique, se trouve un élément essentiel : le conflit.
Le conflit suscite de l’insatisfaction que nous cherchons instantanément à combler. Et du conflit, nous en rencontrons quotidiennement dans notre vie professionnelle quand nous avons à résoudre mille et un problèmes d’ordre technique, personnel ou encore organisationnel.

Comment donc inventer une histoire ? Ou, dit autrement, comment créer du conflit ? Vous avez pour cela besoin de trois éléments qui constituent le triangle de base de toute histoire :

  1. Un protagoniste. Dans notre exemple, Thierry, par rapport à qui l’apprenant se positionne. Il s’identifie à lui et apprend au travers de lui.
  2. Un objectif. Thierry a un but, réussir la bonne intégration de son nouveau collaborateur. L’apprenant le sait et s’attend à ce qu’il fasse tout pour l’atteindre.
  3. Des obstacles. Thierry va devoir affronter le rejet de son équipe. Par quels moyens va-t-il parvenir à surmonter leur opposition ? C’est ce que l’apprenant souhaite découvrir, ce qui va le motiver pour suivre le parcours.

La connaissance s’acquiert par l’expérience

Bien sûr, tous les sujets, tous les parcours, tous les dispositifs ne se prêtent pas à ce type d’approche. Mais si vous pensez que raconter une histoire est un bon moyen pour transmettre un message, que le sujet s’y prête et que vous sentez vos apprenants prêts à s’y projeter, conservez en tête ce triangle de base de la dramaturgie.

Et s’il est vrai, comme le disait Albert Einstein, que « la connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information », alors l’histoire comme expérience d’autrui est un terrain idéal pour des concepteurs avides d’offrir des expériences formatrices à leurs apprenants.