Dans l’actualité du moment, à la suite de la crise de la covid-19, nous entendons beaucoup parler de formation à distance pour compenser le manque de présence. Comme si distance était un antonyme de présence dans les formations. Alors, il semble nécessaire de questionner ces points. Qu’est-ce que la distance en formation ? Qu’est-ce que la présence ?

Le e-learning ne fonctionne pas

La notion de formation et notamment de formation en ligne est désormais devenue, pour beaucoup, comme une évidente modalité qui pourrait remplacer la formation traditionnelle. Certains parlent d’une révolution dans les pratiques. Pourtant, mis à part pour ceux qui sont nés après les années 2000, nous savons tous que le tout à distance en formation ne fonctionne pas. Mais devrais-je plutôt dire l’e-learning seul ne fonctionne pas. Et il ne faut surtout pas interpréter distance et présence comme deux opposées que rien ne peut rapprocher.

L’e-learning est composé de modules autoformatifs, de qualité plus ou moins élevée selon les cas. Il s’agit alors de proposer à un apprenant de se former, seul, derrière un écran, certains vantent même le Mobil learning. On vise l’efficacité, mais ne serait-ce pas plutôt la rentabilité ? Quelques voix off, quelques quiz, on trace les activités, et on estime qu’il y a eu apprentissage. Bof !

Alors, estimer que la formation à « distance » est synonyme d’inefficacité, et manque de « présence », c’est faire un raccourci trop rapide. Il peut donc être, du point de vue de ses détracteurs, plus réaliste de maintenir les formations avec des modalités traditionnelles que sont le face-à-face, dans une salle de formation. Car au travers de la présence, la relation humaine représente l’essence même d’une formation efficace (sic).

La distanciation encore souvent présente en salle de formation

Seulement, être présent dans une salle de formation, face à des apprenants à qui on transmet son expertise est d’une efficacité toute relative. De plus, en formation, certains formateurs cherchent par tous les moyens à s’investir à minima, se préservant par la même occasion de relation « trop » proche avec leurs apprenants. Il peut paraître préférable d’être en présence de ses pairs, ses confrères, ceux qui détiennent l’expertise, ceux qui sont aussi des « maîtres » dans leur salle. Une fois la journée achevée, on se quitte à jamais, ou au mieux jusqu’à la prochaine session. Il existe alors bien une distanciation qui est volontairement maintenue entre formateurs et apprenants. Qu’en est-il de la notion de présence, si efficace qu’elle est indispensable ? Et l’apprenant qui est rentré chez lui, à qui doit-il s’adresser s’il a une question ? N’aura-t-il jamais une réponse ? 

Si c’est ça que l’on appelle de la présence en formation, alors, je retourne faire de la formation multimodale, à distance, mais sans distanciation.

En voulant systématiquement opposer distance et présence, on en oublierait presque que la formation, c’est avant tout une histoire de relation humaine, et que cette relation est l’essence même d’une formation efficace. Ah oui c’est vrai je l’ai déjà dit plus haut. Et bien parce que c’est vrai, à condition de l’appliquer.

Faire preuve de présence dans ses formations, c’est possible à distance

Se lancer dans la formation digitale (FOAD), ce qu’on nomme souvent comme de la formation à distance, n’est pas opposer formation en ligne et formation en présence. La partie digitale d’une formation n’est qu’une modalité du continuum d’une formation. Et, pour être efficace, elle doit être perçue comme telle. Parlons de multimodalité, pour assurer l’efficacité. Qu’il s’agisse de la modalité de la classe virtuelle, ou de modules autoformatifs, ce ne sont que des modalités parmi d’autres, qui forment le continuum d’une formation.

Qu’en est-il donc de la distance, du manque de présence ? Et bien la formation multimodale fait partie de ces formations qui proposent une véritable relation humaine, de véritables échanges entre les formateurs et les apprenants, un véritable accompagnement. Je parle de formations qui ont bénéficié d’une ingénierie pédagogique, une structuration de la progressivité pédagogique, une écriture détaillée des modules autoformatifs, des cours de classe virtuelle, etc. On pense aux apprenants en amont de la formation, déjà à ce stade on se préoccupe de leurs besoins.

La relation est globalement plus intense entre le formateur et les apprenants dans ce type de formation, la barrière de l’expertise est dissoute, le formateur devient un guide, un coach, souvent même un mentor. Sa valeur aux yeux des apprenants est d’ailleurs généralement perçue comme supérieure à ce qu’ils en perçoivent dans une formation traditionnelle.

L’accompagnement est au cœur de toute formation efficace

Par ailleurs, il existe de nombreux moyens d’accompagner les apprenants dans la FOAD. Les forums, les tchats, les mails, et même le téléphone qui est un excellent moyen de rompre avec l’isolement de certains. Accompagner les apprentissages, y compris pour ceux qui n’ont pas une culture digitale, ou les moyens, est une priorité. Jamais les moyens technologiques à notre disposition n’auront permis d’être aussi proche de nos apprenants. Alors, dire que la FOAD et la présence s’opposent est une preuve de méconnaissance. Dire que la relation en présence est préférable à la distance ne peut pas être une vérité absolue. La distanciation existe en face à face, alors qu’elle disparaît dans la formation digitale.

Je pense que le débat, formation à distance, formation en présence n’a pas lieu d’exister. En bonne intelligence, il est nécessaire de penser à nos apprenants, à leur évolution, et celle de notre société, car nous y avons une part de responsabilité. C’est avec un raisonnement de ce type que nous éviterons la cassure infligée dans nos formations lors de crise comme celle de la covid-19.

Eric Pereira, Juin 2020